|
Forteresse
du Chaos - Citadelle
des Ténèbres -
Capitale
de la Lumière
Les
cités-franches
|
La FORTERESSE DU CHAOS
Le bureau de Morion
«D’un
jour à l’autre, la pièce favorite de
Morion pouvait totalement changer d’aspect. C’était
d’ailleurs encore le cas. Nouvelle décoration,
mobilier à base de bois laqué sombre, et nouvel
agencement. Sur deux des murs libres, des esquisses au fusain
sous verre. Si la bibliothèque avait changé
de place, elle se révélait toujours aussi
fournie. Dans la cheminée qui lui faisait face, des
bûches craquaient sous le feu qui les dévorait
lentement.
(…)
Plutôt que d’effectuer un quadrillage minutieux
de la pièce, Estrée préféra
s’en remettre à son instinct. Elle s’installa
au bureau de son frère. Le meuble était encombré
d’une masse de feuilles volantes, de dossiers, de
cahiers, de recueils, accompagnés d’une série
de pots à tabac et d’un cendrier en bois d’olivier,
d’une pipe et d’un nécessaire à
fumer. Les différents tiroirs contenaient un fatras
similaire. Estrée sourit. Elle et son frère
avaient beau être l’opposé l’un
de l’autre, elle connaissait parfaitement son fonctionnement.
Le désordre qui jonchait son bureau était
inversement proportionnel à la clarté de son
esprit. Mais ce désordre était un leurre.
D’ailleurs, ce bureau lui-même était
un leurre. Elle n’y trouverait pas ce qu’elle
cherchait.
La bibliothèque peut-être ? Non, encore un
endroit trop évident pour mon frère.
Finalement, elle se releva et tourna lentement sur elle-même
pour jauger la pièce.
Les dossiers ! Où Morion pouvait-il cacher ces fameux
dossiers ?
Elle examina chaque statue, chaque bibelot. En vain. Dans
un angle, le bar à liqueurs ne lui livra aucun secret.
Elle en profita tout de même pour se servir un verre
de vieil armagnac dont elle prit une gorgée. Son
regard errait, à la recherche d’un indice.
Elle ne voyait rien. Elle reprit une gorgée. Pense
à Morion, se dit-elle. Mets-toi à sa place.
Son expression se fit plus vive.
Ce n’est pas un indice que je dois chercher, mais
au contraire, une absence d’indice !
Immédiatement, son attention se focalisa sur le mur
du fond. Un mur nu, blanc parfaitement quelconque. Si elle
connaissait bien son Morion, sourit-t-elle, ce ne pouvait
être que là.»
La suite d’Elvanthyell
«
Le duc Elvanthyell, souverain de la Maison d’Eodh,
possédait une suite dans les étages supérieurs
de la citadelle, dans l’aile de son clan.
(…)
La salle principale dans laquelle la jeune femme se trouvait
faisait trois cents mètres au carré, avec
un plafond culminant à une bonne trentaine de mètres,
rehaussée d’arches régulières
qui décoraient les murs en cristallune le plus pur.
Les couleurs dominantes du moment étaient le bleu
nuit, le vert canard et l’or, mêlés au
brun résineux du bois de charango. Diffusée
par des éclats de gemmelitte taillés en étoile,
fichés dans les parois et le plafond, la lumière
douce donnait l’illusion d’être entouré
du firmament d’une nuit d’été.
Séparant la pièce en différents secteurs,
de hautes tentures en soie diaphane, mauves, bleues ou moirées,
tombaient majestueusement du plafond jusqu’à
caresser le sol, animées d’un vent léger
tissé de magie.
(…)
À droite de l’entrée, parallèle
au mur, un bar en pierre translucide, offrant tous les alcools
possibles, tous les vins, toutes les liqueurs, tous les
cordiaux imaginables. À gauche, un rectangle composé
de canapés et de chauffeuses, dévolu au confort
des visiteurs.
Au centre du lieu, sur une estrade de bois laqué,
trônait le grand lit du duc, un rond de six mètres
de diamètre, drapé de soie rubis. L’endroit
favori d’Elvanthyell pour nourrir ses appétences
de chair et de jouissance, réputées intenses.
Le lit était soigneusement fait. Le duc n’y
dormait jamais, Estrée le savait. Il préférait
s’abandonner au sommeil dans une pièce ou l’autre
de son domaine, au gré de son humeur, suspendu en
l’air, maintenu par le confort étrange d’un
matelas créé de son mana, cocon invisible,
caresse parfaite. »
|
|
MHALEMORT, LA CITADELLE DES
TÉNÈBRES
«
Ils se tenaient dans les entrailles de Mhalemort, au terme
d’une descente au cœur de la montagne noire,
éprouvante pour le corps comme pour l’esprit.
La séance avait lieu dans une salle différente
que celle où le Roi-Sorcier avait coutume de recevoir,
l’habituelle salle des Fumées.
À savoir une pièce taillée dans un
roc noir et grumeleux, avec de larges entailles creusées
dans les parois, comme si un élémentaire de
roche géant avait arraché la pierre à
coups de dents rageurs.
Le centre de cette salle aux accents résolument primitifs
était creusé par une sorte de cuvette de dix
mètres de diamètre, au sol de pierre marbré
de tâches brunâtres – le sang séché
de ceux qui s’étaient affrontés ici
– et cerclé de runes aux arêtes vives.
Des torches de deux mètres de haut étaient
plantées dans le sol ou les parois. Un son lancinant
en arrière-plan, la plainte d’un vent souterrain
ou celles de suppliciés… l’un ou l’autre
était crédible à Mhalemort.
Le fond de cette salle, à l’opposé de
l’escalier d’entrée, était baigné
d’un liquide sombre et sirupeux, semblable à
de la naphte mais sans cette odeur caractéristique.
De temps à autre, d’amples ondulations bousculaient
cette onde noire et miroitante. Une douzaine de guerriers
ikshites se tenait là, face au lac, prête à
répondre à la moindre menace. Armés
de sabres au fourreau et de grandes hampes terminées
par des sortes de faucilles acérées, rien
de ce qui pouvait se tapir dans ce lac nébuleux ne
pourraient les prendre par surprise.
Cette fois, pas de cette fumée anthracite pour recouvrir
le sol de pierre. L’entité grise aux volutes
meurtriers était au contraire lovée aux pieds
de son maître, le Roi-Sorcier. Ce dernier était
assis dans une étrange sculpture, la paume d’une
main de pierre renversée avec des ongles griffus
tendus vers le ciel. »
|
|
LA CITÉ DES NUAGES, CAPITALE
DE LA LUMIÈRE
« L’Adhan prit quelques instants pour se repérer
et constater qu’il n’avait pas oublié
la configuration de la ville. D’ailleurs, le tracé
ordonné de la cité des Nuages lui facilitait
la tâche.
Au nord, les grandes portes d’entrée de la
capitale ; les bâtiments ramassés en pierre
abritant la garnison et le quartier du commerce, formaient
l’endroit le plus animé de la ville. À
l’est, la ville-haute abritait riches et puissants.
À l’ouest, la masse plus sombre et plus compacte
de la ville-basse, le quartier du port et celui des entrepôts.
Et au sud, la citadelle de la Lumière et le palais
de Vérité, où se trouvait l’objectif
final de sa mission… »
La salle du jugement du Palais de Vérité
«
L’Adhan avait toujours comparé la salle du
Jugement à une cathédrale. De même apparence,
de mêmes proportions, elle possédait des propriétés
similaires sur l’âme des contemplatifs. Le plafond
avait la forme d’un immense dôme en cristalune
transparent qui avivait la lumière. Composé
de délicates tesselles de marbre blanc et azur, le
sol était gravé en son centre du Soleil flamboyant
d’or aux reflets orangés, symbole de la Lumière.
Autour de ce soleil, un cercle d’étoiles mouvantes
en nacre bleu foncé. Le Cercle immémorial
sur lequel avait été bâti cette splendide
et imprenable cité humaine. Le plus fier bastion
du pouvoir de l’Empire sur le Plan Primaire. Aux quatre
coins de l’immense pièce, on avait disposé
des grands trépieds de cuivre forgé où
brûlaient des coupelles d’encens, diffusant
une douce fragrance de jasmin. L’acoustique, minutieusement
étudiée, faisait enfler et résonner
les sons qui se mélangeaient pour le moment dans
un ballet de tonalités diffuses. Cette marée
sonore ajoutait au caractère impressionnant de l’endroit.
Conforme à son souvenir, la salle de Justice avait
donc bien conservé sa beauté majestueuse et
impressionnante. »
|
| |
|