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1 - L'Ange du Chaos, Michel Robert.
L’entrevue
se déroula sur un Plan abandonné des Puissances, à
mi-chemin des Ténèbres et du Chaos, au milieu d’une
modeste vallée de la région de Bénarius. Cette
rencontre, le marquis Leprín, Légat du royaume des
Ténèbres, l’avait très minutieusement
préparée. Il ne pouvait ni ne voulait commettre le
moindre impair.
La sérénité bucolique des lieux convenait à
merveille au projet du Légat. Le chant enjoué des
oiseaux-lyres, la brise légère, les trois soleils
rouges dardant leurs rayons pour offrir une chaleur presque engourdissante,
l’encens allumé dans des coupoles de quartz diffusant
une fragrance subtile, tout avait été étudié
pour créer une atmosphère de paix et de détente
sinon de confiance.
Deux tentes spacieuses se faisaient face sur les versants est et
ouest de la vallée, situées à des points stratégiques
et dépourvues toutes deux du moindre ornement : cette rencontre
n’avait rien d’officiel.
Au centre de la vallée reposait un péristyle de pierre
blanche, tel un navire échoué sur une mer d’herbe
vivace d’un agréable vert tendre. Couvertes d’un
lierre odoriférant, trois colonnes de pierre y pointaient
encore leur fierté vers le ciel serein. Au pied de ces colonnes
avait été dressée une longue table, recouverte
d’une nappe de soie immaculée, de couverts d’argent,
d’un triple jeu de verres à vin en cristalune, un service
à liqueur, ainsi que d’une délicate vaisselle
en porcelaine de Latill. Le marquis avait lui-même veillé
au choix des deux lourds fauteuils de brocard or et rouge qui les
recevraient lui-même et son interlocuteur ; les sièges
offraient tout le confort nécessaire. Le Légat réfléchit
un instant à ce qu’il aurait pu oublier dans ses préparatifs
mais ne trouva rien. aujourd’hui, tout particulièrement
aujourd’hui, les choses se devaient d’être parfaites.
Leprín jouait en effet le tout premier mouvement d’un
plan à long terme, soigneusement élaboré pour
le hisser vers les plus hautes destinées.
Justement, un signal ténu, conçu et émis pour
ses seules oreilles l’avertit de l’arrivée de
son invité. Le Légat vérifia l’ordre
de sa tenue et se prépara pour le tournant de sa carrière.
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2
- Coeur de Loki, Michel Robert.
Cellendhyll
de Cortavar reçut un violent revers du coude en travers de
la bouche, une frappe du tranchant de la main sur le côté
du crâne, ses jambes furent sèchement balayées
et il s’effondra lourdement sur le sol. Le souffle coupé,
les tempes battantes, les lèvres éclatées.
L’affrontement avait lieu dans l’arène, la salle
d’entraînement des Maraudeurs-Fantômes, située
dans la forteresse d’Eodh, sur le plan-maître du Chaos.
Taillée dans la pierre, la pièce était pourtant
grande, avec un haut plafond en voûte, de larges piliers,
sans autre décoration que les râteliers d’armes
qui couvraient les murs, les appareils de musculation et les tapis
d’exercice qui jonchaient le sol.
Il n’y avait aucun spectateur pour assister à la déchéance
de Cellendhyll et aucun ami pour le soutenir. Juste Yvain, le maître-instructeur
des Maraudeurs. Un homme habillé de cuir brun, aux yeux noirs,
aux cheveux gris tressés, de taille moyenne mais d’un
maintien impressionnant, comme taillé dans un arbre-tempête.
Il semblait à lui seul aussi dangereux qu’une charge
de lanciers de la Foudre.
L’opposant de Cellendhyll, Fharen, le troisième assistant
d’Yvain, était un jeune homme plutôt grand, mince,
avec de larges épaules et des hanches étroites, une
figure large et mate encadrée d’une chevelure bouclée
aux reflets noisette. Il était vêtu, comme l’Adhan,
d’un justaucorps et d’un pagne de coton clair.
D’ordinaire, pour ce genre d’exercice, Cellendhyll s’entraînait
avec Yvain, le maître-instructeur ; avec Haas, Bren, Dieffenbecker
et Qjöjar, les plus redoutables des Maraudeurs, ou bien encore
en compagnie de Logan ou de Kereth, les autres Ombres de sa connaissance
en poste à la forteresse d’Eodh.
Mais c’était avant. Lorsqu’il était encore
un guerrier d’élite. Un Initié capable de chevaucher
le
zen, la transe qui sublimait l’art du combat. Avant.
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3
- Sang-Pitié, Michel Robert.
Le
téléporteur qui reliait le Plan Primaire à
celui de la Lumière déposa Hégel, cardinal
de l’Orage, au milieu d’une esplanade pavée,
cernée de colonnades, surveillée par une double escouade
de chevaliers en armure d’argent poli. Devant cette place,
se dressait Tygarde, le palais impérial, fièrement
érigé au centre de l’île de la Source,
le cœur du pouvoir impérial.
Surmontant l’enceinte extérieure, pas moins de sept
tours effilées de cristalune azuré crevaient le ciel
de leur majesté. De l’autre côté des épais
remparts s’étalait une verdoyante vallée aux
flancs couronnés de fleurs odoriférantes, de pommiers,
de cerisiers et de pêchers chargés de fruits juteux,
investie d’accortes et insouciantes bergères, de maisonnettes
aux parois laquées de couleur vives. Hachée de petits
rus étincelants, ladite vallée s’écoulait
doucettement jusqu’à l’onde vert limpide du lac
Obéron qui lui faisait écrin. L’endroit semblait
béni par une grâce, une quiétude toutes particulières.
Sur le plan-maître de la Lumière prédominaient
les belles saisons – la maîtrise du temps était
l’un des pouvoirs majeurs de l’empereur Priam.
À l’intérieur de l’enceinte orgueilleusement
bâtie, s’élevait un octogone de marbre doré,
le palais proprement dit, décoré de frises délicates,
d’étendards ondulant sous le vent sur lesquels figurait
le Soleil Flamboyant.
Toutefois, le cardinal Hégel n’était pas d’humeur
à profiter de ce cadre éminemment bucolique. L’ecclésiaste
avait changé, pour qui le connaissait. Sa démarche
par exemple, si assurée, était devenue nerveuse. Et
ce curieux casque métallique qui recouvrait à présent
son crâne jusqu’à cacher ses oreilles. À
peine arrivé, Hégel se débarrassa de son lourd
manteau de laine orangée qu’il confia à l’un
des jeunes pages destinés à recevoir les visiteurs
de marque.
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4 - Hors-Destin, Michel Robert.
Les Spectres avançaient en file sous un soleil de plomb. Ils avaient soif et plus que quelques gorgée d’eau saumâtre à se partager.
Au loin, plein nord, ils pouvaient apercevoir le relief foncé d’un rideau de montagnes. Ils avaient quitté la jungle et son humidité, progressant en serpentant vers cet espoir fantomatique de fuite.
Ils étaient engagés sur une large bande de savane qui coupait la forêt en un large ruban étalé d’ouest en est. L’herbe ocre brun atteignait leurs hanches. De grands arbres aux troncs desséchés parsemaient le paysage de leur présence verticale, délivrant de modestes zones ombrées. Quelques épais buissons de créosote leur disputaient le territoire mais sans réel souci de domination. Un vent chaud, soufflait avec paresse sur les lieux.
Des hautes herbes, sur leur gauche, un bruit curieux se fit entendre, ce qui semblait un mélange de gloussements narquois et de soupirs lascifs.
Brusquement, les oiseaux alentour détalèrent des arbres épars dans un concert désordonné de froissements d’ailes. Un cor résonna, puis un autre. Les gloussements se muèrent en aboiement aigus et rageurs.
— Nous sommes repérés. On dégage !
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