INTERVIEW
Q : Comment avez-vous
eu l’idée de la série ? du monde des Plans
? du personnage de Cellendhyll ? Qu’avez-vous imaginé
en premier ?
R : Dans mon univers créatif, les personnages
surgissent toujours de mon esprit en premier. Le reste en découle.
Je voulais avant tout faire naître un personnage fort, mais
qui sorte des schémas traditionnels de l’Héroïc
Fantasy, c’est à dire surtout pas un héros
« bon », genre preux paladin. Pour Cellendhyll, je
me suis plus inspiré des univers polar (noir) et western
que de celui de la Fantasy.
Le moteur principal de l’Ange du Chaos est la vengeance.
Pour des raisons personnelles, je voulais travailler sur ce thème
– avouez que c’est bien l’un des thèmes
les plus forts de la littérature ou du cinéma –
le reste est venu peu à peu, bien plus naturellement que
je ne l’aurais escompté.
J’aime également développer des « méchants
» intéressants. Ces « méchants »
sont pour moi l’une des bases d’un bon roman d’action.
Ils sont souvent trop fades ou trop stéréotypés.
De même je ne voulais pas d’un univers trop manichéen.
Alors aux deux Puissances conventionnelles, l’empire de
la Lumière et le royaume des Ténèbres, j’ai
ajouté le mystérieux Chaos.
J’ai créé l’univers des Plans en songeant
aux romans de space opera de Jack Vance – la geste des Princes-Démons,
par exemple. Ces différents Plans me donnent une plus grande
liberté pour créer des lieux ou des races variées
voire contrastés, ce qui m’offre beaucoup de possibilités
pour faire évoluer Cellendhyll de Cortavar, l’Ange
du Chaos.
Q : On parle beaucoup
de cuisine… Quel est votre plat préféré
?
R : Il m’est impossible de donner une réponse
précise. Nous vivons dans le pays de la gastronomie et
j’aime bien trop de mets pour n’en garder qu’un…
Je me délecte tout aussi bien d’une côte de
bœuf au barbecue – je suis un pro du barbecue ! –
que d’une tartiflette, d’une truite aux amandes ou
d’un carpaccio de saumon. Du moment que ce n’est pas
de la nourriture industrielle, tout peut me plaire. Les tomates
de mon potager, un bon morceau de fromage… J’aime
autant le sucré que le salé, j’aime autant
la nourriture exotique que traditionnelle.
Lorsque je veux faire un plat rapide et roboratif, je prépare
des pâtes au blé complet, avec de petits lardons
rissolés, des échalotes, de la crème fraîche,
des pignons de pin, de la sauge et un peu d’aneth. C’est
tout simple, mais un véritable délice!
Vous évoquez la cuisine, selon moi, elle serait imparfaite
sans les vins pour l’accompagner. Depuis que je vis à
côté de Saumur, j’ai découvert les vins
de Loire. Ils sont magnifiques ! Un Saumur Champigny vieilles
vignes (rouge) ou un Coteau du Layon (blanc) pour ne citer qu’eux
valent largement de bons bordeaux ou bourgogne tout en étant
bien moins onéreux. Les vins du Sud-Ouest méconnus
(Madiran, Saint-Chinian, Faugères, …), injustement
décriés, peuvent également enchanter mon
palais. D’ailleurs, à l’aide d’un vigneron
fort talentueux de ma connaissance, j’escompte bien dès
cette année produire mon propre Layon – pour ma consommation
personnelle.
Q : Que pensez-vous des illustrations de Julien Delval
? Quelle est votre illustration favorite et pourquoi ?
R : Les illustrations de Julien sont magnifiques, on dirait presque
que les personnages qu’il créé vont prendre
vie dans la seconde suivante. J’estime avoir beaucoup de
chance de pouvoir compter sur le talent de Julien pour mes couvertures.
Non seulement ses dessins captent l’attention – dans
le bon sens du terme – mais font des livres que j’écris
un bel objet visuel.
Mon illustration favorite reste – pour le moment –
celle de Cellendhyll… Pour plusieurs raisons. La première
c’est qu’à mon sens, c’est la plus belle,
la plus puissante. Cellendhyll y dégage une force incroyable.
Mais je préfère également cette couverture
car elle représente la naissance de mon cycle, elle symbolise
la concrétisation de mon rêve : écrire ! C’est
un peu comme avec ses enfants. Le premier sera toujours particulier
– même si les enfants suivants sont tout aussi aimés
que lui.
Q : Estrée
va-t-elle un jour concrétiser avec Cellendhyll ?
R : Cette question, je me la pose tous les jours
! Il me semble inévitable que ces deux-là vont finir
par se confronter charnellement et sentimentalement. Mais dans
quelles circonstances, et surtout qu’elles vont en être
les conséquences, j’y travaille encore.
Q : Quels sont
vos projets pour le développement de la série ?
R : Vous n’en avez pas fini avec les aventures
de Cellendhyll de Cortavar, la chose est claire !
Il lui reste de nombreux ennemis à affronter… Ne
serait-ce que le Père de la Douleur, ou le chevalier Siméus
de la Lumière, Troghöl le prince des Sang-Pitié…
Mais il y en a d’autres que vous ignorez encore…
De plus l’Ange du Chaos a attiré sur lui l’attention
de Priam, le Patriarche de la Lumière. Que lui veut le
Puissant ? Pourquoi veut-il le « récupérer
» ? Il me faut en apporter les réponses.
La dague sombre de l’homme aux cheveux d’argent, cette
arme étrange nantie d’un grand pouvoir, n’a
pas encore livré ses secrets. Elle recèle une grande
importance, notamment dans la confrontation à venir avec
le Roi-Sorcier des Ténèbres. Elle est notamment
liée à la prophétie d’Arasul.
En résumé, j’ai encore pléthores d’idées
à développer, de directions à suivre. Vous
n’en avez pas fini avec Cellendhyll de Cortavar, l’agent
des Ombres.
Q : Cellendhyll
a un côté « James Bond », est-ce conscient
?
R : Totalement… dans une certaine mesure.
Mais je veux préciser que si influence il y a, elle provient
du héros de papier.
On connaît peu le véritable James Bond, celui créé
par Ian Fleming dans ses livres. Ce James Bond là n’a
rien du pantin, du bouffon de plus en plus grotesque initié
par le cinéma américain, un bon mot à la
bouche à chaque fin de réplique.
Le véritable James Bond, celui qui me parle, est une sorte
de guerrier moderne, c’est un homme tourmenté, avec
ses démons intérieurs qu’il doit combattre.
À l’instar de Cellendhyll, il plaît aux femmes
mais se méfie d’elles. Il doute et pourtant ne faiblit
pas.
Je me suis également inspiré des personnages de
James West et de Josey Wales (interprété par un
Clint Eastwood magnifique !).
Q : Avez-vous des
points communs avec le héros (traits de caractère…) ?
R : Oui, le matin, lorsque je n’ai pas
encore bu mon café, je suis aussi redoutable que l’Ange
du Chaos, vous n’avez qu’à demander à
ma femme !
Plus sérieusement, sans voir en Cellendhyll un double idéalisé
de moi-même, je pense que nous avons effectivement certaines
ressemblances. Je lui ai clairement insufflé le goût
du bon vin et celui de l’effort à travers l’exercice
physique. Sinon, ni l’un ni l’autre nous n’aimons
se faire marcher sur les pieds. Lui comme moi exécrons
les vantards et les égocentriques. Cela étant, je
ne prône absolument pas l’usage de la violence auquel
est voué Cellendhyll de Cortavar.
Q : Quels acteurs
choisiriez-vous pour incarner Cellendhyll, Estrée et le
Roi-Sorcier au cinéma ?
R : Intéressante question ! Concernant
Cellendhyll, je trouve que Paul Walker serait parfait, il a une
présence, un physique qui correspondent bien à Cellendhyll.
Pour Estrée, Angelina Jolie, ou Famke Janssen. De grandes
femmes, très belles, la première citée dans
un genre voluptueux, la seconde dans un genre nettement plus dur.
Famke Janssen, je crois, me semble la mieux convenir, car elle
incarnerait mieux la face sombre d’Estrée.
Pour le Roi-Sorcier, un acteur avec un grand nez, puisque c’est
tout ce que l’on voit de son visage pour le moment ! Tant
que je ne vous aurais pas dévoilé son visage, d’ailleurs,
je préfère ne pas être plus précis,
de manière à laisser la surprise agir.
Je ne peux m’empêcher, au passage, de prolonger un
peu l’exercice :
Sean Connery ferait un évident Priam, Puissant de la Lumière.
Elvanthyell pourrait être incarné par Patrick Stewart.
Le rôle d’Hégel conviendrait bien à
Barry Pepper. Celui de Leprin au fascinant Ian McShellen. Michael
Madsen ferait un parfait Siméus de Nilfær.
Sigourney Weaver pour interpréter la conseillère
Laurianne de Férimond. Et Keira Knightley dans le rôle
de Faith.
Morion, en véritable maître des Mystères,
continue d’échapper à mes interprétations.
Peut-être Stephen Dorff.
Gheritarish me semble également délicat à
interpréter. Il faut un accord entre une formidable présence
physique et un visage très mobile, très expressif.
Une sorte de Vin Diesel en beaucoup plus chevelu !
Pour Rosh Melfynn, hum, je dirais Robin Williams, dont le potentiel
« maléfique » a été très
peu exploité.
Reydorn, le mage du Cercle Vert, pourrait être incarné
par Robert Carlyle.
Quant à Rathe, le vieux voleur, pourquoi pas Anthony Hopkins,
cheveux et barbe longs.
Q : Comment se
déroule l’écriture d’un roman ?
R : Chez mes collègues je ne sais pas…
Mais chez moi, l’écriture est une maîtresse
totalement chaotique, au grand désespoir de mon éditrice
!
Plutôt que de commencer par le début et de poursuivre
jusqu’à la fin du livre, les idées viennent
anarchiquement. Je commence souvent par le milieu ou la fin, très
rarement par le commencement. Puis, au fur et à mesure,
je comble les trous. J’ai beaucoup de mal avec le temps
et son écoulement, ce que j’appelle la cohérence
temporelle. C’est bien là l’un des points sur
lequel je suis le plus perfectible.
Une part de mon cerveau travaille à temps plein à
l’écriture – sans que je lui aie rien demandé,
d’ailleurs ! J’ai toujours un cahier ou un carnet
à portée de main pour noter les idées et
je viens de m’acheter un petit dictaphone pour la voiture.
Le moment le plus prolifique pour moins est la nuit, quand tout
le monde dort. J’adore la nuit et sa magie tranquille…
Mais je dois gérer pour ne pas me coucher trop tard, car
avec deux enfants dont un bébé, adieu les grasses
matinées !
Le plus délicat à gérer sont les idées
qui me viennent dans mon lit car je mets un certain temps à
m’endormir, aussi le lendemain, après mon café
bien sûr, j’extirpe péniblement ces idées
qui sont devenues parfois fuyantes.
Mon éditrice a réussi à me convaincre qu’il
me fallait établir un plan de mes histoires, ce que je
commence à faire et je conviens que c’est la meilleure
méthode !
Selon mon inspiration, j’écris sur un cahier ou directement
sur l’ordinateur. À ce sujet, il n’y a pas
de règle, c’est selon mon humeur. Une fois mon texte
à peu près cohérent, je relis l’ensemble,
plusieurs fois, et je comble les blancs ou je corrige.
En ce qui concerne les scènes d’action, qui sont
pour moi primordiales, je les vois d’abord dans ma tête,
elles se déroulent comme des scènes de cinéma,
puis je les écris. Il m’arrive fréquemment
de faire des croquis ou de répéter des mouvements
dans mon jardin avec un bâton court ou long – ou les
deux – pour vérifier que tel ou tel mouvement ne
risque pas de déboîter l’épaule de mes
personnages !
En résumé, je commence à travailler avec
une structure de plus en plus organisée et, même
si j’ai encore un peu de mal, je crois que l’expérience
aidant j’ai trouvé un certain équilibre.