Michel Robert est né en 1964, il est père de deux enfants - Justine et Max. Handballeur professionnel de haut niveau pendant plus de dix ans, il s’est reconverti depuis dans l’édition et le journalisme. Amateur de bon vin et de bonne cuisine, il doit sa plume alerte et son sens aigu du récit à une passion de toujours pour la fantasy et le roman noir. Ses références dans le domaine sont Vance, Zelazny, Kay et Pierre Grimbert.
Après avoir collaboré avec ce dernier sur l’écriture du cycle de La Malerune, il explore avec le cycle de L’Agent des Ombres un registre plus personnel : une fantasy aux accents crépusculaires, teintée d’humour noir, de violence et d’érotisme.

INTERVIEW

 

Q : Comment avez-vous eu l’idée de la série ? du monde des Plans ? du personnage de Cellendhyll ? Qu’avez-vous imaginé en premier ?

R : Dans mon univers créatif, les personnages surgissent toujours de mon esprit en premier. Le reste en découle. Je voulais avant tout faire naître un personnage fort, mais qui sorte des schémas traditionnels de l’Héroïc Fantasy, c’est à dire surtout pas un héros « bon », genre preux paladin. Pour Cellendhyll, je me suis plus inspiré des univers polar (noir) et western que de celui de la Fantasy.
Le moteur principal de l’Ange du Chaos est la vengeance. Pour des raisons personnelles, je voulais travailler sur ce thème – avouez que c’est bien l’un des thèmes les plus forts de la littérature ou du cinéma – le reste est venu peu à peu, bien plus naturellement que je ne l’aurais escompté.
J’aime également développer des « méchants » intéressants. Ces « méchants » sont pour moi l’une des bases d’un bon roman d’action. Ils sont souvent trop fades ou trop stéréotypés. De même je ne voulais pas d’un univers trop manichéen. Alors aux deux Puissances conventionnelles, l’empire de la Lumière et le royaume des Ténèbres, j’ai ajouté le mystérieux Chaos.
J’ai créé l’univers des Plans en songeant aux romans de space opera de Jack Vance – la geste des Princes-Démons, par exemple. Ces différents Plans me donnent une plus grande liberté pour créer des lieux ou des races variées voire contrastés, ce qui m’offre beaucoup de possibilités pour faire évoluer Cellendhyll de Cortavar, l’Ange du Chaos.

Q : On parle beaucoup de cuisine… Quel est votre plat préféré ?

R : Il m’est impossible de donner une réponse précise. Nous vivons dans le pays de la gastronomie et j’aime bien trop de mets pour n’en garder qu’un…
Je me délecte tout aussi bien d’une côte de bœuf au barbecue – je suis un pro du barbecue ! – que d’une tartiflette, d’une truite aux amandes ou d’un carpaccio de saumon. Du moment que ce n’est pas de la nourriture industrielle, tout peut me plaire. Les tomates de mon potager, un bon morceau de fromage… J’aime autant le sucré que le salé, j’aime autant la nourriture exotique que traditionnelle.
Lorsque je veux faire un plat rapide et roboratif, je prépare des pâtes au blé complet, avec de petits lardons rissolés, des échalotes, de la crème fraîche, des pignons de pin, de la sauge et un peu d’aneth. C’est tout simple, mais un véritable délice!
Vous évoquez la cuisine, selon moi, elle serait imparfaite sans les vins pour l’accompagner. Depuis que je vis à côté de Saumur, j’ai découvert les vins de Loire. Ils sont magnifiques ! Un Saumur Champigny vieilles vignes (rouge) ou un Coteau du Layon (blanc) pour ne citer qu’eux valent largement de bons bordeaux ou bourgogne tout en étant bien moins onéreux. Les vins du Sud-Ouest méconnus (Madiran, Saint-Chinian, Faugères, …), injustement décriés, peuvent également enchanter mon palais. D’ailleurs, à l’aide d’un vigneron fort talentueux de ma connaissance, j’escompte bien dès cette année produire mon propre Layon – pour ma consommation personnelle.

Q : Que pensez-vous des illustrations de Julien Delval ? Quelle est votre illustration favorite et pourquoi ?

R : Les illustrations de Julien sont magnifiques, on dirait presque que les personnages qu’il créé vont prendre vie dans la seconde suivante. J’estime avoir beaucoup de chance de pouvoir compter sur le talent de Julien pour mes couvertures. Non seulement ses dessins captent l’attention – dans le bon sens du terme – mais font des livres que j’écris un bel objet visuel.
Mon illustration favorite reste – pour le moment – celle de Cellendhyll… Pour plusieurs raisons. La première c’est qu’à mon sens, c’est la plus belle, la plus puissante. Cellendhyll y dégage une force incroyable. Mais je préfère également cette couverture car elle représente la naissance de mon cycle, elle symbolise la concrétisation de mon rêve : écrire ! C’est un peu comme avec ses enfants. Le premier sera toujours particulier – même si les enfants suivants sont tout aussi aimés que lui.

Q : Estrée va-t-elle un jour concrétiser avec Cellendhyll ?
R : Cette question, je me la pose tous les jours ! Il me semble inévitable que ces deux-là vont finir par se confronter charnellement et sentimentalement. Mais dans quelles circonstances, et surtout qu’elles vont en être les conséquences, j’y travaille encore.

Q : Quels sont vos projets pour le développement de la série ?

R : Vous n’en avez pas fini avec les aventures de Cellendhyll de Cortavar, la chose est claire !
Il lui reste de nombreux ennemis à affronter… Ne serait-ce que le Père de la Douleur, ou le chevalier Siméus de la Lumière, Troghöl le prince des Sang-Pitié… Mais il y en a d’autres que vous ignorez encore…
De plus l’Ange du Chaos a attiré sur lui l’attention de Priam, le Patriarche de la Lumière. Que lui veut le Puissant ? Pourquoi veut-il le « récupérer » ? Il me faut en apporter les réponses.
La dague sombre de l’homme aux cheveux d’argent, cette arme étrange nantie d’un grand pouvoir, n’a pas encore livré ses secrets. Elle recèle une grande importance, notamment dans la confrontation à venir avec le Roi-Sorcier des Ténèbres. Elle est notamment liée à la prophétie d’Arasul.
En résumé, j’ai encore pléthores d’idées à développer, de directions à suivre. Vous n’en avez pas fini avec Cellendhyll de Cortavar, l’agent des Ombres.

Q : Cellendhyll a un côté « James Bond », est-ce conscient ?

R : Totalement… dans une certaine mesure. Mais je veux préciser que si influence il y a, elle provient du héros de papier.
On connaît peu le véritable James Bond, celui créé par Ian Fleming dans ses livres. Ce James Bond là n’a rien du pantin, du bouffon de plus en plus grotesque initié par le cinéma américain, un bon mot à la bouche à chaque fin de réplique.
Le véritable James Bond, celui qui me parle, est une sorte de guerrier moderne, c’est un homme tourmenté, avec ses démons intérieurs qu’il doit combattre. À l’instar de Cellendhyll, il plaît aux femmes mais se méfie d’elles. Il doute et pourtant ne faiblit pas.
Je me suis également inspiré des personnages de James West et de Josey Wales (interprété par un Clint Eastwood magnifique !).

Q : Avez-vous des points communs avec le héros (traits de caractère…) ?

R : Oui, le matin, lorsque je n’ai pas encore bu mon café, je suis aussi redoutable que l’Ange du Chaos, vous n’avez qu’à demander à ma femme !
Plus sérieusement, sans voir en Cellendhyll un double idéalisé de moi-même, je pense que nous avons effectivement certaines ressemblances. Je lui ai clairement insufflé le goût du bon vin et celui de l’effort à travers l’exercice physique. Sinon, ni l’un ni l’autre nous n’aimons se faire marcher sur les pieds. Lui comme moi exécrons les vantards et les égocentriques. Cela étant, je ne prône absolument pas l’usage de la violence auquel est voué Cellendhyll de Cortavar.

Q : Quels acteurs choisiriez-vous pour incarner Cellendhyll, Estrée et le Roi-Sorcier au cinéma ?

R : Intéressante question ! Concernant Cellendhyll, je trouve que Paul Walker serait parfait, il a une présence, un physique qui correspondent bien à Cellendhyll.
Pour Estrée, Angelina Jolie, ou Famke Janssen. De grandes femmes, très belles, la première citée dans un genre voluptueux, la seconde dans un genre nettement plus dur. Famke Janssen, je crois, me semble la mieux convenir, car elle incarnerait mieux la face sombre d’Estrée.
Pour le Roi-Sorcier, un acteur avec un grand nez, puisque c’est tout ce que l’on voit de son visage pour le moment ! Tant que je ne vous aurais pas dévoilé son visage, d’ailleurs, je préfère ne pas être plus précis, de manière à laisser la surprise agir.
Je ne peux m’empêcher, au passage, de prolonger un peu l’exercice :
Sean Connery ferait un évident Priam, Puissant de la Lumière. Elvanthyell pourrait être incarné par Patrick Stewart. Le rôle d’Hégel conviendrait bien à Barry Pepper. Celui de Leprin au fascinant Ian McShellen. Michael Madsen ferait un parfait Siméus de Nilfær.
Sigourney Weaver pour interpréter la conseillère Laurianne de Férimond. Et Keira Knightley dans le rôle de Faith.
Morion, en véritable maître des Mystères, continue d’échapper à mes interprétations. Peut-être Stephen Dorff.
Gheritarish me semble également délicat à interpréter. Il faut un accord entre une formidable présence physique et un visage très mobile, très expressif. Une sorte de Vin Diesel en beaucoup plus chevelu !
Pour Rosh Melfynn, hum, je dirais Robin Williams, dont le potentiel « maléfique » a été très peu exploité.
Reydorn, le mage du Cercle Vert, pourrait être incarné par Robert Carlyle.
Quant à Rathe, le vieux voleur, pourquoi pas Anthony Hopkins, cheveux et barbe longs.

Q : Comment se déroule l’écriture d’un roman ?

R : Chez mes collègues je ne sais pas… Mais chez moi, l’écriture est une maîtresse totalement chaotique, au grand désespoir de mon éditrice !
Plutôt que de commencer par le début et de poursuivre jusqu’à la fin du livre, les idées viennent anarchiquement. Je commence souvent par le milieu ou la fin, très rarement par le commencement. Puis, au fur et à mesure, je comble les trous. J’ai beaucoup de mal avec le temps et son écoulement, ce que j’appelle la cohérence temporelle. C’est bien là l’un des points sur lequel je suis le plus perfectible.
Une part de mon cerveau travaille à temps plein à l’écriture – sans que je lui aie rien demandé, d’ailleurs ! J’ai toujours un cahier ou un carnet à portée de main pour noter les idées et je viens de m’acheter un petit dictaphone pour la voiture. Le moment le plus prolifique pour moins est la nuit, quand tout le monde dort. J’adore la nuit et sa magie tranquille… Mais je dois gérer pour ne pas me coucher trop tard, car avec deux enfants dont un bébé, adieu les grasses matinées !
Le plus délicat à gérer sont les idées qui me viennent dans mon lit car je mets un certain temps à m’endormir, aussi le lendemain, après mon café bien sûr, j’extirpe péniblement ces idées qui sont devenues parfois fuyantes.
Mon éditrice a réussi à me convaincre qu’il me fallait établir un plan de mes histoires, ce que je commence à faire et je conviens que c’est la meilleure méthode !
Selon mon inspiration, j’écris sur un cahier ou directement sur l’ordinateur. À ce sujet, il n’y a pas de règle, c’est selon mon humeur. Une fois mon texte à peu près cohérent, je relis l’ensemble, plusieurs fois, et je comble les blancs ou je corrige.
En ce qui concerne les scènes d’action, qui sont pour moi primordiales, je les vois d’abord dans ma tête, elles se déroulent comme des scènes de cinéma, puis je les écris. Il m’arrive fréquemment de faire des croquis ou de répéter des mouvements dans mon jardin avec un bâton court ou long – ou les deux – pour vérifier que tel ou tel mouvement ne risque pas de déboîter l’épaule de mes personnages !
En résumé, je commence à travailler avec une structure de plus en plus organisée et, même si j’ai encore un peu de mal, je crois que l’expérience aidant j’ai trouvé un certain équilibre.

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